Clinique des réfugiés d’Halifax
Halifax Refugee Clinic
Julie Chamagne
Directrice général /  Executive Director
 

Entrevue avec Julie Chamagne

Bonjour Julie ! Merci d’avoir bien voulu nous recevoir. Nous sommes ici pour parler de l’organisme la Clinique des réfugiés d’Halifax dont tu es la directrice générale. Dans un premier temps, peut-être est-ce que tu pourrais nous donner une perspective historique sur la création de ton organisme.

 

Oui, alors, moi cela fait neuf ans que j’occupe la place de directrice générale mais l’organisme existe depuis l’année 2000. Cet organisme a été fondé pour répondre à un vrai besoin des demandeurs d’asile en termes d’aide juridique. Le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse étaient en discussion pour savoir qui devait être responsable d’assurer l’aide juridique pour les demandeurs d’asile. Ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement provincial ne voulaient endosser cette responsabilité ce qui a créé un grand vide. Les personnes qui avaient déposé une demande d’asile au Canada et qui allaient devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié le faisaient sans représentation juridique. Quand on pense que c’est une procédure qui peut avoir des conséquences dramatiques jusqu’à la peine de mort si une personne est renvoyée dans son pays alors qu’elle craint la persécution et la mort. Si les risques dans le cas de cette personne ne sont pas bien évalués au niveau de la Commission du Canada, cette personne peut être obligée de rentrer chez elle et être persécutée. Le suivi et l’aide juridique pour les demandeurs d’asile est quelque chose de très important.

 

Donc, Lee Cohen, un avocat originaire du Nouveau-Brunswick, qui travaillait ici en Nouvelle-Écosse a pris en charge tellement de dossiers pro bono qu’il a identifié là un grand besoin. La Clinique des réfugiés d’Halifax / Halifax Refugee Clinic a été créée de façon très informelle comme beaucoup d’organismes à but non lucratif… Tout le monde se rencontrait à Tim Horton’s à une époque. Ils ont pu trouver des petits locaux grâce à un financement de l’Église catholique et ensuite de la fondation de droit de la Nouvelle-Écosse – Law Foundation of Nova Scotia – qui nous finance et qui nous soutient toujours aujourd’hui. Nous ne sommes pas un grand organisme mais cela fait 17 ans que nous existons et nous sommes bien établis dans la communauté et nous sommes fiers de pouvoir continuer à offrir ces services.

Combien d’employés travaillent pour La Clinique des réfugiés d’Halifax ?

 

Nous sommes trois salariés : moi à la direction générale; une coordinatrice aux services d’installation et la gestionnaire des dossiers juridiques (Legal Case Manager). Quelque chose qui est particulier avec notre organisme, c’est le fait qu’il n’y a pas d’aide juridique en Nouvelle-Écosse dans le domaine de l’immigration ou des réfugiés. Nous existons presque comme une aide juridique privée. Mais nous avons aussi un côté social d’installation et d’insertion très important parce que nous clients n’ont pas le droit non plus d’accéder à des programmes qui sont financés par le gouvernement fédéral comme ISANS. Donc, il y a un grand vide à combler et il est très difficile de faire la représentation juridique de quelqu’un qui est dans la rue ou si cette personne ne peut pas obtenir les soins médicaux dont elle a besoin. On essaie de travailler de façon holistique et de travailler avec la personne et sur le plan juridique et sur le plan social. Notre coordinatrice des services sociaux et d’installation s’occupe de faciliter les besoins médicaux, de travail, d’emploi, de santé mentale, d’hébergement.

 

Votre Ministère de rattachement, c’est IRCC ?

 

Pour les demandes qui sont faites sur le territoire canadien, oui et les agents frontaliers (ASFC-CBSA) réfèrent les demandes qui sont faites à la frontière. Ces agents réfèrent les demandes de protection à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié qui est sous IRCC.

 

Imaginons qu’une personne arrive sans autorisation au Canada ou qu’elle n’ait plus l’autorisation de séjourner au Canada, est-ce que vous pouvez nous expliquer quelles sont les différentes étapes de sa prise en charge ?

 

C’est une bonne question. Essentiellement, sans aller trop dans les détails, il y a deux façons d’être réfugié au Canada. Les réfugiés syriens, la plupart d’entre eux au moins, dont on a beaucoup parlé dans les médias et qui sont arrivés dans les aéroports, sont venus parrainés par le gouvernement canadien ou par des groupes privés. Cela veut dire que le statut de réfugié leur a été accordé par le HCR ou par le gouvernement canadien en dehors du Canada, dans un pays tiers où ils avaient trouvé refuge. Quand ils sont arrivés à l’aéroport, ils reçoivent aussitôt le statut de résident permanent. Il y a bien évidemment des défis culturels, des problèmes de traumatismes, des problèmes d’intégration aussi qui sont identiques entre les deux catégories de réfugiés mais les personnes parrainées ont déjà un statut sûr au Canada.

 

Nous avons aussi des clients qui sont syriens mais ceux-ci sont des demandeurs d’asile qui ont l’espoir d’obtenir le statut de réfugiés. Les personnes qui déposent des demandes d’asile viennent au Canada soit avec un statut temporaire – en tant qu’étudiants, avec un statut de visiteurs ou de travailleur temporaire – soit sans statut, c’est-à-dire clandestinement avec des faux papiers ou sans papiers. Arrivés à la frontière ou déjà présents sur le territoire canadien, ils font alors une demande de protection et une demande d’asile sur la même base que les réfugiés parrainés, c’est-à-dire à partir de la définition qui existe depuis la fin de la 2e guerre mondiale et la Convention de Genève, soit : une personne qui a une crainte bien fondée de persécution pour des raisons de race, de religion, de nationalité, pour leurs opinions politiques ou qui appartiennent à un groupe social particulier qui ne peut pas ou ne veut pas compter sur la protection des agents étatiques de son propre pays essentiellement.

 

Donc, pour les réfugiés parrainés par le gouvernement fédéral ou par les groupes privés, ce statut leur est déjà accordé avant qu’ils arrivent au Canada. Mais il y a tout un processus qui termine avec une audience devant la Section de la protection des réfugiés de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié au Canada que les demandeurs d’asile aussi appelés les revendicateurs du statut de réfugié doivent suivre. Essentiellement, c’est cela que nous faisons.

 

Une personne qui arrive ici aujourd’hui qui est étudiante internationale du Burundi et qui risque de perdre son statut d’étudiant pour des raisons financières par exemple peut faire une demande d’asile. Une personne qui arrive en porte-container, clandestinement, et qui sera peut-être détenue ici par défaut d’identité pourra faire une demande d’asile. Un marin de Cuba qui arrive dans le port d’Halifax et qui ne veut pas repartir dans son pays de peur d’être persécuté peut faire une demande d’asile. La sœur d’un citoyen canadien qui est originaire du Yémen, qui rend visite à son frère et qui ne veut plus repartir parce qu’elle est en danger dans son pays peut faire une demande d’asile. Voici quelques exemples de clients que l’on peut voir…

Donc, effectivement, il y a une grande diversité de raisons qui peuvent amener quelqu’un à faire une demande d’asile…

 

Oui, sauf que chez nous ces personnes n’ont pas de statut permanent – certaines sont sans statut d’autres avec un statut temporaire – et parfois la question qui se pose est de savoir si elles sont prêtes à risquer leur statut temporaire pour faire cette demande. Parfois, nous avons des étudiants internationaux qui ont des problèmes, qui ne savent pas s’ils vont pouvoir renouveler leur statut et qui viennent nous poser la question : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour faire une demande? Quelles sont les conséquences en cas de refus ? » De fait, les conséquences sont assez graves. Quand on fait une demande d’asile, on a une mesure de renvoi qui est établi tout de suite, et cette mesure de renvoi est en quelque sorte activée si la demande d’asile est rejetée. Il est impossible de reprendre le statut qu’on avait avant la demande. Il y a quand même beaucoup de conséquences, beaucoup d’enjeux… Parfois, même la personne qui craint la persécution dans son pays d’origine ne va pas déposer une demande d’asile parce qu’elle va pouvoir accéder au statut de résident permanent ou au renouvellement de son statut temporaire par d’autres moyens.

Donc, suivant le profil du demandeur, les services seront différents n’est-ce pas ? Des étudiants qui ont étudié plusieurs années au Canada, par exemple, n’auront pas nécessairement besoin des services d’installation que vous offrez…

 

C’est vrai, en général, les gens qui habitent depuis longtemps ici, qui parlent parfaitement l’anglais et qui ont même parfois une communauté autour d’eux, présentent moins de défis sur le plan de l’insertion et des besoins en services sociaux mais ce changement de statut a des conséquences sur l’accès à certains services. Cette personne ne peut plus avoir la couverture médicale de la province par exemple. Il y a beaucoup de choses sur le plan du statut qu’il faut savoir.

 

Il y a aussi d’autres défis. La plupart des étudiants sont assez jeunes et ils sont là depuis quelques années. Cela peut devenir très difficile pour elles d’être ici tandis que leurs familles sont en Syrie, au Yémen  ou au Burundi et qu’ils risquent la mort tous les jours. C’est ce genre de stress et de traumatismes auxquels on doit aussi trouver des réponses.

Est-ce que vous référer vos clients auprès d’autres services également. Vous avez mentionné précédemment des problèmes d’ordre psychologique par exemple…

 

On essaie le plus possible de faire des références à d’autres services. Toutefois, le statut de demandeur d’asile au Canada est un statut particulier qui fait que l’on n’a pas accès à certains services. On essaie de combler ce genre de vides par nos programmes, nos initiatives dans notre organisme. Nous avons par exemple des psychologues, des conseillers bénévoles qui viennent rencontrer nos clients. Nous organisons aussi des ateliers pour nos clients sur le système de santé au Canada, le droit du travail, les relations entre les bailleurs et les locataires…

Vous avez beaucoup de bénévoles qui gravitent autour de l’organisme ?

 

Nous sommes trois salariés et nous avons une liste de plus d’une cinquantaine de bénévoles qui font des choses bien différentes. Nous avons des bénévoles qui offrent très services très spécialisés tels que des psychologues, des avocats bénévoles surtout pour le côté juridique. Notre modèle, c’est que nous préparons les dossiers avec des bénévoles – ce sont souvent des étudiants qui sont en stage chez nous – et des avocats bénévoles de la communauté viennent pour assurer la représentation devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié. Nous avons donc aussi des étudiants bénévoles impliqués ainsi que des gens de la communauté qui peuvent aller ouvrir un compte bancaire avec nos clients, les guider pour prendre les lignes de bus…

Dans votre pratique au quotidien, est-ce que vous rencontrez des limitations ou des défis particuliers et si oui, lesquels ?

 

Des défis, on en rencontre tout le temps. Le plus grand défi, je crois c’est de trouver cet équilibre entre le financement et sur nos dossiers. Nous sommes financés par la fondation de droit de la Nouvelle-Écosse qui nous soutient depuis longtemps et nous sommes très contents de ce soutien. Toutefois, ce financement vient des taux d’intérêts dans les comptes des avocats. Les taux d’intérêts sont en baisse depuis longtemps et depuis quelques années il y a des coupures de 25%, de 10% et encore de 10%. Donc le financement de la fondation ne représente plus maintenant qu’à peu près la moitié de notre budget. Le reste, ce sont des dons privés et des initiatives de collecte de fonds. D’un côté, c’est important du point de vue des relations publiques et de l’éducation mais parfois nous nous trouvons dans une situation absurde ou nous ne pouvons pas travailler sur les dossiers parce qu’il faut qu’on organise un événement pour avoir de l’argent pour notre organisme pour travailler sur les dossiers. Donc, il y a ce défi de toujours être à la recherche de financement pour exister alors qu’il y a des dossiers urgents à traiter constamment. C’est cela notre plus grand défi je dirais…

 

Du côté insertion, je sais aussi que ma collègue qui travaille ici aussi depuis presque neuf ans est toujours très agacée de devoir expliquer aux agences gouvernementales les droits des demandeurs d’asile en termes de couverture médicale et autre. Elle est obligée d’assurer un suivi très proche des démarches parce que personne n’est au courant de ce statut et donc les demandeurs d’asile ne peuvent pas faire ces démarches eux-mêmes. Il faut expliquer constamment aux agents ce à quoi les demandeurs d’asile ont droit et la méconnaissance de ce statut par les agents rend le travail de suivi très lourd et fastidieux. Le plus important pour nous est de nous assurer que nos clients soient le mieux préparés possible pour passer devant la Commission de façon à maximiser les chances de succès de leur demande.  Tout ce qui est autour est très important aussi mais moins urgent.

 

Cela m’amène à un autre défi qui est celui de la participation de nos clients à l’éducation et à la médiatisation de la question de la demande d’asile. Il y a une dynamique de pouvoir et je sais qu’ils se sentent un peu obligés donc je n’aime pas leur demander mais il reste que c’est difficile de ne pas avoir cette voix directe de nos clients pour parler aux médias. Je suis sûre que si la plupart des gens rencontraient des réfugiés et des demandeurs d’asile, la perception serait bien différente. En même temps, obliger ces personnes à devenir porte-parole pour un processus, un statut juridique particulier, n’est pas vraiment juste non plus. Donc ça c’est vraiment un défi parce qu’on ne veut pas demander aux gens pour qu’ils ne se sentent pas obligés. On ne veut pas non plus qu’une personne devienne porte-parole pour quelque chose qui devrait déjà être connu et accepté… Comment présenter la personne sans l’obliger. Je crois qu’il y a quand même un travail gouvernemental et médiatique à faire autour du langage employé autour de la demande d’asile.

 

Est-ce que les audiences interviennent à un intervalle régulier ?

 

Non, cela dépend du moment où la demande d’asile est déposée. À la fin de l’année 2012, il y a eu de grands changements dans les lois et les procédures qui régissent le processus de demande de refuge au Canada. Maintenant, à partir du moment où le dossier de demande est déposé à Immigration, Réfugié et Citoyenneté Canada, l’audience va être programmée 60 jours après le dépôt du dossier. Du coup, il faut que l’on fasse beaucoup de travail même avant de déposer le dossier ce qui est parfois difficile parce que c’est avant que la personne ait le statut juridique de demandeur d’asile. Parfois, si on ne dépose pas le dossier tout de suite, on ne peut pas avoir accès à l’assistance sociale, mais en même temps préparer le dossier c’est plus important sur le long terme pour la sûreté et la protection de quelqu’un que d’avoir accès à ces services. Cela a changé un peu notre façon de travailler mais nous avons su nous adapter. Nous collectons les documents avant parce que soixante jours c’est court.

 

Avant en session, cela prenait dix-neuf mois pour avoir une audience en moyenne, donc on avait le temps de déposer le dossier et de le préparer par la suite. En soixante jours, on fait la plus grande partie du travail avant que le dossier soit déposé.

 

J’imagine que pour la constitution du dossier vous devez aller chercher dans le pays d’origine un certain nombre de documents, non ?

 

Si on peut, que ce n’est pas dangereux et que l’on peut les avoir, bien sûr… parce qu’un demandeur d’asile n’est pas obligé de présenter des documents pour corroborer son histoire mais il est important que la personne soit crûe. La crédibilité est un élément très important dans la procédure donc si on a des documents pour corroborer certains faits, certains événements, il devient beaucoup probable que la personne obtiendra le statut de réfugié si elle répond bien à la définition.

En termes d’éducation et de pédagogie, est-ce que vous avez des collaborations fréquentes avec les institutions universitaires?

 

Oui, on a depuis quelques années des étudiants en droit, en sciences politiques, en sociologie, en ergothérapie (occupational therapy), en médecine et surtout en travail social. On a des stages à plein temps qui durent presque toute l’année scolaire en travail social et en droit. Il est vraiment important pour nous d’avoir cette aide, bien sûr, mais également de faire en sorte que la prochaine génération de travailleurs sociaux ou d’avocats soit sensibilisée à cette question très particulière. C’est un échange important pour nous en termes d’éducation publique et dans l’accomplissement de notre mission.

Comme vous le savez, nous organisons en juin prochain un colloque sur l’immigration. Est-ce qu’un événement tel que celui-là est important à vos yeux ? Si oui, quels sont les objectifs que vous voudriez voir atteints dans la perspective qui vous est propre ?

 

Je suis toujours très partante pour être impliquée dans ce genre de colloque parce que je trouve que la question des demandeurs d’asile est toujours négligée. Quand on parle d’immigration et des réfugiés, c’est un souvent une dernière pensée et cette question n’est pas toujours bien représentée. Il est important pour nous de pouvoir y aller et peut-être pour certains de nos clients de pouvoir témoigner même si c’est parfois un peu difficile car il y a quand même une rhétorique négative depuis quelques années au Canada et ailleurs concernant les demandeurs d’asile. On essaie de combattre l’imagerie négative qui entoure cette question.

 

Il est important aussi de faire des liens avec le monde universitaire, avec des chercheurs, avec des organismes et peut-être d’établir certaines données. Nous sommes un organisme à but non lucratif qui fait de l’éducation publique. Nous avons nos propres statistiques mais nous n’avons pas souvent l’occasion de faire notre propre recherche, nos propres publications. Ce serait bien pour nous et pour les chercheurs de travailler ensemble.

 

Est-ce qu’il y a des savoirs particuliers dont vous auriez besoin dans votre pratique au quotidien?

 

Nos besoins sont vraiment très pratiques. Nous avons besoin d’expertise en droit dans la représentation de nos clients mais aussi pour l’entrainement de nos salariés et de nos bénévoles les plus fidèles. Nous essayons de prendre le maximum de cours possibles et de certificats, de s’éduquer en théorie aussi, donc cela pourrait être aussi utile pour nos salariés et nos bénévoles également ce genre de choses. Nous sommes tellement baignés dans le concret et pratique que nous en oublions parfois la théorie. Donc, il est important pour nous d’avoir ces liens. Quand nos étudiants et nos stagiaires sont là, le fond théorique en travail social qu’ils apportent et qui informe nos pratiques et nos décisions est très important.

Julie, avant de terminer cette entrevue, y a-t-il d’autres choses dont vous voudriez nous faire part, des aspects dont nous n’avons pas parlé et qu’il vous semblerait important de mentionner ?

 

La question philosopĥique et académique du statut est très intéressante et importante pour moi parce qu’on voit tellement de divisions en termes de statut d’immigration de quelqu’un. Ici, nous n’avons pas de restrictions ou de contraintes sur nos services sauf si une personne peut payer les services d’un avocat – l’aspect financier est le seul – nous rencontrons des personnes qui viennent sans statut, qui habitent au Canada depuis dix ans et qui sont sans statut. Ce sont des personnes qui déposent une demande d’asile, des personnes qui ont des statuts temporaires. Ce sont les mêmes personnes mais elles passent par tous ces statuts différents qui leur donnent une certaine identité. Voilà une question plus académique pour les chercheurs : Qu’est-ce qui fait un réfugié ? Nous avons avec nous des étudiants ici qui nous parlent de persécutions terribles dans leur pays d’origine mais qui décident quand même de garder leur statut d’étudiants et de passer par le Programme des candidats (nominee programme). Est-ce que ce sont des réfugiés ? Est-ce qu’une personne est réfugiée seulement parce qu’elle est passée par le processus de demande d’asile? Nous avons aussi des personnes qui passent par le processus de demande d’asile qui n’ont pas le statut pour une raison ou pour une autre soit parce qu’on ne les a pas cru, soit parce qu’ils ne remplissent pas exactement la définition. On part du principe que leur État peut les protéger, qu’ils peuvent aller dans une autre partie de leur pays et qui passent peut-être par un autre processus, comme le mariage ou qui font les démarches pour des raisons humanitaires, mais ce sont toujours les mêmes personnes. On essaie toujours d’avoir la même sûreté et la protection pour cette personne et parfois, c’est par des avenues différentes. Pourquoi un demandeur d’asile est considéré d’une certaine façon et un réfugié parrainé par le gouvernement d’une autre ? Parfois ce sont les mêmes familles… Une personne qui a décidé de faire le trajet jusqu’au Canada en porte-container par exemple et l’autre Irakien est resté en Jordanie et arrive parrainé par le gouvernement…

Interview of Julie Chamagne

Good morning Julie! Thank you kindly for having us. We are here to talk about Halifax Refugee Clinic, for which you are the Executive Director. To start with, perhaps you can maybe provide us with a little bit of history about the creation of your organization.

 

Yes, I have been the Executive Director for nine years, but the organization has been in existence since 2000. This organization was founded to respond to the real need of legal assistance for asylum seekers. The federal government and the provincial government of Nova Scotia were engaged in discussions to find out who should be responsible for providing legal aid to refugee claimants. Neither the federal nor the provincial government wanted to take on this responsibility, which created a big gap. People who had made a refugee claim in Canada had to go before the Immigration and Refugee Board without legal representation. When we think about it, it is a procedure that can have dramatic consequences like a death penalty if a person is returned to his country while fearing persecution and death. If the risks in this person's case are not properly assessed at the Canada Commission level, that person may be forced to return home and be persecuted. Monitoring and legal aid for asylum seekers is very important.

 

So, Lee Cohen, a lawyer from New Brunswick who worked here in Nova Scotia, took care of so many pro bono cases that he identified a great need. Halifax Refugee Clinic was created very informally like many non-profit organizations... Everybody were meeting at Tim Horton's at one time. They were able to find small spaces with funding from the Roman Catholic Church and then from the Law Foundation of Nova Scotia - which still funds us and supports us today. We are not a big organization, but we have been here for 17 years and we are well established in the community and we are proud to continue providing these services.

 

How many employees work for the Halifax Refugee Clinic?

 

We are three employees: me as the Executive Director; a Settlement Services Coordinator and the Legal Case Manager. Something that is unique about our organization is the fact that there is no legal aid in Nova Scotia for immigrants and refugees. We are like a private legal aid firm, but we also have a very important settlement and integration social side because our clients do not have the right to access programs that are funded by the federal government like ISANS. So, there is a big gap to be filled and it is very difficult to legally represent someone who is on the street or if that person cannot get the medical care that he/she needs. We try to work with the person in a holistic manner, at the legal and social levels. Our Social Services and Settlement Coordinator is responsible for facilitating medical, work, employment, mental health and accommodation needs.

 

 

Is IRCC your home ministry?

 

For applications made in Canada, yes, while border officers (CBSA-ASFC) refer the requests that are made at the border. These officers refer the protection claims to the Immigration and Refugee Board under IRCC.

 

Let us imagine that a person arrives without authorization in Canada or that he/she no longer has the authorization to stay in Canada, can you tell us what are the different stages involved for managing this person?

 

That is a good question. Essentially, without going into too much detail, there are two ways of being a refugee in Canada. Most of the Syrian refugees, who were the headlines in the media and who have arrived at the airports, have come sponsored by the Canadian government or by private groups. This means that the refugee status was granted to them by UNHCR or by the Canadian government outside Canada, in a third country where they had taken refuge. When they arrive at the airport, they immediately receive permanent resident status. Of course, there are cultural challenges, traumas, and integration problems also that are identical between the two categories of refugees, but sponsored persons already have their permanent resident status in Canada.

 

We also have clients who are Syrians, but they are asylum seekers who hope to obtain refugee status. People who make refugee applications come to Canada with temporary status - as students, with a visitor or temporary worker status - or without status, that is, clandestinely with forged documents or without papers. Arriving at the border or being already present on the Canadian territory, they make a request for protection and a refugee application on the same basis as the sponsored refugees, that is, on the basis of the definition that has existed since the the end of the Second World War and the Geneva Convention, which is: a person who has a well-founded fear of persecution for reasons of race, religion, nationality, for their political opinions or who belong to a particular social group that does not or cannot rely on the protection of state agents of his/her own country.

 

Therefore, for federally and privately sponsored refugees, this status is already granted to them before they arrive in Canada. However, there is a whole process that ends with a hearing before the Refugee Protection Division of the Immigration and Refugee Board in Canada that asylum seekers, also known as refugee claimants, must follow. Essentially, this is what we do.

 

A person who comes here today who is an international student from Burundi and may lose his/her student status for financial reasons for example can apply to be a refugee. A person who arrives in container carrier clandestinely, and who may be detained here without proof of identity can make an asylum request. A Cuban sailor who arrives in Halifax Harbour and who does not want to leave for fear of persecution can apply for asylum. The sister of a Canadian citizen who comes from Yemen, visits her brother and does not want to leave because of danger in her country can apply for asylum. Here are a few examples of customers who can come to us...

 

Indeed, there is a wide variety of reasons that can cause someone to make a refugee application...

 

Yes, except that these people do not have permanent resident status - some are without status while others with a temporary status - and sometimes the question is whether they are willing to risk their temporary status make this request. Sometimes we have international students who have problems, who do not know if they will be able to renew their status and who come to ask us the question, "What should I do to apply? What are the consequences in case of rejection?" In fact, the consequences are quite serious. When you make a refugee claim, you have a removal order that is implemented immediately, and this removal order is kind of activated if the refugee claim is rejected. It is impossible to regain the status we had before the request. There are many consequences, many issues... Sometimes, even the person who fears persecution in his/her country of origin will not file an asylum application because he/she will be able to obtain the permanent resident status or renew his/her temporary status by any other means.

 

So, depending on the profile of the applicant, the services provided will be different, isn't it? For example, students who have studied in Canada for several years will not necessarily need the settlement services you offer…

 

That is true, in general, people who have lived here for a long time, who speak English fluently and sometimes even have a community around them, have fewer challenges in terms of integration and the need for social services but this change of status has its impacts on the access to certain services. This person can no longer have medical coverage from the province for example. There are a lot of things in terms of status that you have to know about.

 

There are other challenges as well. Most of the students are quite young and have been here for a few years. It can be very difficult for them to be here while their families are in Syria, Yemen or Burundi where they risk death every day. It is this kind of stress and trauma that must also be tackled.

 

Do you refer your clients to other services as well? For example, you mentioned psychological problems earlier...

 

We try as much as possible to make references to other services. However, the status of refugee claimant in Canada is a special status that means that they do not have access to certain services. We try to fill that kind of gaps with our programs, our initiatives in our organization. For example, we have psychologists and volunteer counselors who come to meet our clients. We also hold workshops for our clients on Canada's health system, labour law, landlord-tenant relationships...

 

Do you have a lot of volunteers for your organization?

 

We are three employees and we have a list of more than fifty volunteers who do very different things. We have volunteers who offer very specialized services such as psychologists, volunteer lawyers especially for the legal side. Our working model is such that we prepare the files with volunteers who are often students interning with us and volunteer community lawyers who come to represent clients in front of the Immigration and Refugee Board. We also have student volunteers involved as well as people from the community who can help our customers open a bank account and teach them about bus lines, etc...

 

In your day-to-day practice, do you encounter limitations or challenges, and if yes, which ones?

 

We face challenges all the time. The biggest challenge, I think, is finding that balance between funding and our files. We are funded by the Nova Scotia Law Foundation, which has been supporting us for a long time and we are very happy with this support. However, this funding comes from the interest rates in lawyers' accounts. Interest rates have been falling for a long time and in the recent years there have been 25%, 10% and another 10% cuts. So, the foundation's funding is now only about half of our budget. The rest are private donations and fundraising initiatives. On one hand, it is important from a public relations and education perspective but sometimes we find ourselves in an absurd situation where we cannot work on our files because we have to organize an event to fundraise money for our organization to be able work on our files. So, there is the challenge of always looking for funding to exist while, at the same time, there are urgent issues to be dealt with constantly. This is our biggest challenge I would say...

 

On the integration side, I also know that my colleague, who has also been working here for almost nine years, is very frustrated about always having to explain to the government agencies the rights of asylum seekers in terms of medical coverage and other things. It is compulsory to follow the procedures very closely because no one is aware of this status and therefore asylum seekers can not take these steps themselves. It is necessary to constantly explain to the agents what asylum seekers are entitled to and the lack of knowledge about this status by the agents makes the monitoring work very cumbersome and tedious. The most important thing for us is to make sure that our clients are prepared as best as possible before going in front of the Board in order to maximize the chances of success for their application. Everything else is also very important, but less urgent.

 

This brings me to another challenge, which is the involvement of our clients in the education and media coverage of the asylum application. There is a power dynamic and I know that they feel a bit obligated, so I do not like to ask them, but it is difficult to not have the voice of our customers to talk to the media. I am sure that if most people met refugees and asylum seekers, the perception would be very different. At the same time, to force these people to become spokespersons for such a process, a particular legal status, is not really right either. So, this is really a challenge because we do not want to ask people to make sure they don't feel obligated. We do not want a person to become a spokesperson for something that should already be known and accepted as well... How to present the person without forcing them? I believe that there is still some government and media work to be done around the language used in the asylum application.

 

Do hearings occur at a regular interval?

 

No, it depends on when the asylum application is filed. At the end of 2012, there had been major changes in the laws and procedures governing the refugee claim process in Canada. Now, from the time the application is filed with Immigration, Refugee and Citizenship Canada, the hearing will be scheduled 60 days after the application is filed. As a result, we have to do a lot of work even before filing the file, which is sometimes difficult because it is before the person even has the legal status of an asylum seeker. Sometimes, if we do not file the application right away, we can not have access to social assistance, but at the same time, preparing the file is more important in the long term for the safety and protection of someone than having access to these services. It changed the way we work, but we have adapted ourselves. We collect the documents beforehand because sixty days is a short period of time.

 

Before, it took around nineteen months to have a hearing, so we had time to file the application and to work on it later. In sixty days, most of the work must be done before the application is filed.

 

I imagine that for building the application you have to look for a certain number of documents in the country of origin, right?

 

If we can, if it is not dangerous and we can have them, then of course, because an asylum seeker does not have to submit documents to support his/her story, but it is important that he/she is believed. Credibility is a very important part of the process, so if we have documents to support certain facts, certain events, it becomes very likely that the person will get refugee status if he/she meets the requirements.

 

In terms of education and pedagogy, do you have frequent collaborations with academic institutions?

 

Yes, we have had for some years now students in law, political science, sociology, occupational therapy, medicine and especially social work. We have full-time internships that last almost the entire school year in social work and in law. It is really important for us to have this help, of course, but also to ensure that the next generation of social workers or lawyers are aware of this very specific issue. It is an important exchange for us in terms of public education and the fulfillment of our mission.

 

As you know, we are organizing a conference on immigration next June. Is an event like this one important to you? If so, what are the goals you would like to see achieve in your own perspective?

 

I always like to be involved in this kind of a conference because I think that the asylum seekers question is always a neglected one. When we talk about immigration and refugees, this is often viewed as a final thought and this question is not always well represented. It is important for us to be able to go and perhaps for some of our clients to be able to testify even if it is sometimes a little bit difficult because there is still a negative rhetoric for some years in Canada and elsewhere in regard to asylum seekers. We are trying to combat the negative image that surrounds this issue.

 

It is also important to create links with the academia, researchers and organizations and to collect some data as well. We are a non-profit organization that specializes in public education. We have our own statistics, but we do not often have the opportunity to do our own research and our own publications. It would be good for us and for the researchers to work together.

 

Is there any specific knowledge that you would need in your day-to-day practice?

 

Our needs are very practical. We need expertise in law to represent our clients but also for the training of our employees and our most loyal volunteers. We try to take the maximum possible number of courses and certificates, to educate ourselves in theory too, so it could be useful for our employees and our volunteers as well. We are so immersed in our practical needs that we sometimes forget the theory part of it. So, it is important for us to have these links. When our students and trainees are here, the theoretical background in social work that they bring with them and that educates our practices and decisions is very important.

 

Julie, before concluding this interview, are there any other things that you would like to share with us, things that we have not talked about and that you would like to mention?

 

The philosophical and academic question about status is very interesting and important to me because we see so many divisions when it comes to someone's immigration status. Here, we have no restrictions or constraints on our services unless a person can pay for the services of a lawyer - the financial aspect is the only restriction - we meet people who come without status, who have been living in Canada for ten years and who are without status. They are the people who apply for asylum, people who have a temporary status. They are the same people, but they go through all these different statuses that give them a certain identity. This is a more academic question for researchers: What makes a refugee? We have students here who talk about the terrible persecutions in their home country but still decide to keep their student status and go through the Nominee Program. Are they refugees? Is a person a refugee just because they went through the asylum process? We also have people who go through the refugee claim process but who do not have the status because we did not believe them or because they do not meet the exact criteria. We assume that their State can protect them, that they can go to another part of their country, and perhaps go through another process, such as marriage or humanitarian procedures, but they are always the same people. We always try to have the same security and protection for this person and sometimes it happens through different paths. Why is an asylum seeker considered to be one by one government and a sponsored refugee by another government? Sometimes they are from the same families... One person decided to make the trip to Canada in container carrier for example and the other Iraqi remained in Jordan and arrives as a sponsored refugee by the government...

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